Nos ancêtres les arabes : Ce que la langue française doit à l'arabe

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L'arabe est la troisième langue d'emprunt du français, après l'anglais et l'italien. On lui doit les mots riz, coton, abricotier, ou encore gaze et mousseline.

Dès le réveil, tasse de café avec sucre dans une main, jus d'orange dans l'autre, une évidence s'impose: nous parlons tous arabe sans le savoir. Aux premières pages de son emballant essai, le lexicographe Jean Pruvost met les pieds dans le plat, en écho au célèbre (et ironique) "Nos ancêtres les Gaulois", d'Ernest Lavisse: de la langue gauloise, il ne reste que quelques poignées de mots -bruyère, lande, dune, marne, etc.- qui sentent bon leur terroir, tandis que l'arabe est la troisième langue d'emprunt du français, après l'anglais et l'italien.  

Longtemps, le monde des érudits admira l'Arabie et sa langue, rappelle Jean Pruvost avec une certaine délectation. Ainsi d'Antoine Furetière qui loue, en 1690, la profusion de son lexique et l'inventivité de ses savants. "Ce livre est né de plusieurs déclics, explique Pruvost: mon enfance à Saint-Denis, baignée dans une langue mixte savoureuse; mes années d'enseignement à l'université devant des étudiants de toutes origines, émus dès que j'abordais la question des emprunts à l'arabe; mon statut de Doc Dico sur la station Mouv'; et la dictée des cités, tirée de Quatre-vingt-Treize (de Victor Hugo), que nous avons organisée à Saint-Denis. Il y avait sur le parvis de la basilique 982 personnes, toutes bilingues. Un grand moment d'émotion." 

Un message d'harmonie

A partir de là, il a "suffi" à ce "dicopathe" de piocher dans quelques-uns des 10000 dictionnaires de sa bibliothèque pour emmener le lecteur dans un édifiant voyage à travers le monde des jardiniers et des cuisiniers (riz, coton, abricotier, tamarin, jasmin, cumin), des artisans et commerçants (à noter que gaze viendrait de Gaza, et mousseline de Mossoul), du vocabulaire du corps et des parfums, mais aussi des pierres précieuses, de la flore, des oiseaux, de la chimie, de la marine, de la musique, des guerres...  

MARIANNE PAYOT

 

JC LATTÈS

Y aurait-il un domaine non investi? "Aucun, à part l'informatique, peut-être; et, encore, arobase vient de l'arabe, tout comme le chiffre zéro, symbolique de l'intégration réussie de l'arabe dans la langue française", s'amuse l'auteur. Qui, tout en faisant l'étymologie des vocables, cite volontiers les nénufars de Verlaine, l'albatros de Baudelaire, les oranges d'Alphonse Daudet, jusqu'aux calife (Haroun El Poussah) et vizir (Iznogoud) de Goscinny et de Tabary. 

On saute de bougie, qui provient de la cire pour les chandelles que l'on importait de la ville algérienne de Bougie, au quintal, qui n'a rien à voir avec le latin quinque (cinq) mais tout avec l'arabe quintar ("poids de 100 unités"). Et l'on comprend le message d'harmonie du Pr Pruvost: "Il s'agit de réveiller les personnes qui fuient dès que l'on prononce le mot arabe." Ou de faire du ramdam (issu du mot ramadan), comme rapporté par les appelés d'Algérie, témoins, la nuit venue, de la reprise de l'activité collective. 

 

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