Pays-Bas. À la mosquée que l'extrémiste Wilders voudrait fermer

ouest-france.fr -

Les Néerlandais choisissent aujourd'hui le parti qui gouvernera le pays. Abdelhamid Bouzzit, vice-président de la mosquée de Leyde, vit très mal les attaques racistes du leader d'extrême-droite Geert Wilders, l'un des favoris du scrutin.

Une bouille ronde émerge d'une doudoune noire. Abdelhamid Bouzzit, sourire de guide touristique, englobe d'une main le centre islamique Imam-Malik dont il est le vice-président. Un bâtiment ultra-moderne, inauguré en 2012. « C'est beau, hein ? J'adore ces fleurs égyptiennes stylisées... »

Ce surdiplômé en management et sciences sociales, 32 ans, loue la persévérance « des anciens », ces ouvriers marocains et turcs arrivés à Leyde dans les années 1960, réclamés par la construction. Ils ont économisé chaque sou pour financer cette mosquée. « Avant, ils priaient dans les relents d'essence d'un ancien garage à taxis... »

Dans le parking souterrain, encombré de vélos, le téléphone se connecte à la wifi gratuite. « Ascenseur, son, lumières... Tout est géré par le PC informatique », précise ce Néerlando-Marocain, transféré minot au pays des tulipes. Les caméras de surveillance aussi. »

Le 18 novembre, elles ont vu l'innocent facteur déposer une enveloppe. « Elle portait une croix gammée et l'aigle nazi en guise d'en-tête. Le texte commençait par cette menace, Nous vous rendrons bientôt visite, suivie d'insultes... »

Il y a environ 400 lieux de culte musulmans aux Pays-Bas ; beaucoup ont reçu la même lettre « anonyme ». Si enquête il y a, l'association Imam-Malik n'est pas au courant. « Nous sommes moins bien défendus que l'extrémiste Geert Wilders qui se déplace en voiture blindée, entouré de gardes du corps payés par nos impôts ! » Une réflexion acerbe, dictée par la fatigue « de lutter contre les amalgames ».

À l'écouter, ils étaient moins courants au siècle dernier. « Dans les années 1990, les propos racistes de Janmaat (néonazi mort en 2002) étaient systématiquement condamnés dans les médias. » Mais les diatribes de ses successeurs, les populistes Pim Fortuyn et Theo van Gogh, tous deux assassinés, ont percé le filet.

Lorsque Geert Wilders, le leader du Parti de la liberté (PVV), a voulu bouter les Marocains hors du pays, en 2016, la justice néerlandaise a retenu la discrimination, mais pas l'incitation à la haine. « Il avait déjà été acquitté pour Fitna, son film incendiaire sur l'islam, diffusé sur le Net en 2008... »

Pour Abdelhamid Bouzzit, le ver anti-musulman est entré dans le fruit le 11 septembre 2001, avec les attentats d'Al-Qaïda sur le sol américain. Il a grossi avec la terreur semée par Daech en Irak et en Syrie. « Depuis, on sent la peur dans les yeux de nos voisins, dans les questions des journalistes, dans les discours des politiques qui courent après le succès des extrêmes. »

Citée en exemple

À Leyde, sur les 120 000 habitants, 7 000 sont musulmans, la moitié pratiquants. « Nos anciens ont fait des erreurs, analyse le trentenaire. Ils ne se sont pas assez impliqués dans la vie de la cité. » Pas assez d'intellectuels, de votants. « Le Néerlandais, ça n'a été pas facile à apprendre », avoue en français Ahmed, un vieux Marocain du Rif. Surtout sur les chantiers.

La communauté musulmane s'est figée, dans un pays soudé par « la sociologie des Polders ». Au XVIIIe siècle, chaque riverain était propriétaire d'un bout de digue ; s'il ne l'entretenait pas, tout le voisinage était inondé. Ce sens de la responsabilité collective irrigue toujours la société néerlandaise. Malheur à celui qui ne roule pas sur la bonne piste cyclable...

Les enfants d'immigrés rêvent aujourd'hui d'une égalité des chances et des droits, à la pire époque.« Chaque fait divers est dévoyé, estime Abdelhamid Bouzzit. À chaque fois qu'une vendeuse veut porter le foulard au supermarché, la presse nous accuse d'être rétrogrades en matière de droits des femmes. On ne l'entend jamais dénoncer les calvinistes fondamentalistes. Ils n'acceptent aucune candidate sur leur liste et militent contre toutes les libertés sexuelles. »

Lui est marié. Sa femme est autant diplômée que lui. Tous deux bercent leur petite fille, tant désirée après les trois garçons. « On est débordés. Je ne pense pas que mon épouse reprendra son poste... »

L'ambassade du Maroc cite Imam-Malik en exemple. « On y prêche un islam de paix et de tolérance », assure un diplomate, à La Haye. Françoise Weber, paroissienne chrétienne, travaille avec les bénévoles du centre. « Je les vois multiplier les efforts pour l'éducation des enfants, qu'ils deviennent imperméables aux mensonges de Daech. »

Depuis 2015, un petit parti, Denk, prospère sur le désarroi des Néerlandais issus de l'immigration, environ deux millions selon le Bureau central de la statistique. Il pourrait obtenir deux sièges ce 15 mars.

Abdelhamid Bouzzit pense faire « un choix plus stratégique ; je vais voter pour les Verts, mieux placés ». Leur leader, Jesse Klaver, charismatique fils de Marocain, rêve d'unir la gauche et plaide pour une nouvelle identité apaisée, conciliable avec la mondialisation. « Mais sa vision intéresse moins les médias étrangers que la peur nommée Wilders... »

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