Quand ton lycée te demande de choisir entre le ramadan et le bac...

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Le 6 janvier 2017, une professeure indique en plein amphithéâtre que les élèves effectuant le ramadan ne pourront s’inscrire au stage intensif de préparation au baccalauréat que le lycée organise chaque année pour les lycéens en terminale filière scientifique. Après saisine du CCIF, l’établissement a finalement trouvé une solution pour que tout le monde puisse participer.

Comme le ramadan aura commencé, les élèves qui pratiquent le ramadan ne peuvent pas s’inscrire à ce stage. Il n’y aura aucune possibilité” : énoncée comme une banalité au milieu de sa prise de parole, la professeure de SVT, chargée de faire la présentation du stage intensif, veut clore le sujet aussi vite qu’elle l’a effleuré.

 

Mais le mal est déjà fait. Les élèves et les parents d’élèves de confession musulmane restent suspendus à la violence symbolique de ce propos. Ils se sentent punis d’office par leur établissement scolaire, en raison de leur pratique religieuse. Le jeûne ne comporte pourtant aucun signe actif de manifestation religieuse, puisqu’il s’agit d’un régime alimentaire.

 

La maman de Solina*, l'une des élèves, n’en reste pas là. À la fin de la présentation, elle décide d’éclaircir la situation avec cette professeure. Soucieuse de bien comprendre la situation, elle s’assure que le règlement permet aux élèves d’apporter de la nourriture ne nécessitant pas de cuisson, qu’il leur est autorisé d’utiliser une bouilloire dans leur chambre et qu’ils peuvent s’alimenter dans leur chambre et autres lieux du site. Elle vérifie également que les cours de révision dispensés aux élèves terminent à 22h30, et peuvent parfois s’étendre jusqu’à minuit.

 

Après avoir obtenu une confirmation enthousiaste à chacune de ses questions, la maman enchaîne : “dans ce cas, en quoi un élève pratiquant le ramadan ne pourrait t-il pas s’inscrire à ce stage et pourquoi cet élément ne figure sur aucun des documents qui nous ont été transmis par nos enfants ?”.

 

Des faits inexistant ont été présentés en justification à la maman. Ainsi, la direction aurait réfléchi et, pour éviter que des parents demandent à ne pas payer les repas ou que les élèves ne fassent pas de sport, ils ont pris cette décision, sans aucune concertation avec les parents d’élèves.

 

Sauf qu’aucun parent n’a jamais formulé une demande de réduction de prix. Quant au sport, la maman a rappelé qu’il s’agissait de tir à l’arc, de canoë et d’équitation, et qu’en ce dernier cas d’espèce, le plus fatigué était généralement...le cheval.


Se joignant à sa collègue, un professeur évoque alors le mot magique, galvaudé ci et là au gré des opinions personnelles de chacun : “l’école est laïque, madame”.

 

 Justement, réplique la maman de Solina, “c’est parce que l’école est laïque qu’aucun parent n’a jamais remis en cause les dates du stage intensif. C’est aussi parce que l’école est laïque que les fonctionnaires de l’État ont pour obligation de rester neutre dans leurs propos sur les pratiques religieuses. Or ici, les seuls à avoir pris le ramadan comme critère de sélection, sont les fonctionnaires d’État en charge d’une mission de service public”.

 

Rien n'y fait. Les professeurs renvoient la mère de Solina chez la proviseure pour qu’elle obtienne un écrit et campent sur leurs positions. La professeure de SVT ira même jusqu’à ajouter qu’“ils ont une bonne réputation au centre, et qu’ils tiennent à la garder”.

La mère de Solina contacte le CCIF qui enclenche les démarches juridiques. Le 11 janvier, une première médiation est proposée avec la directrice, la mère de Solina et deux délégués de parent d’élèves. L’entretien qui a duré plus d’1h30 a constitué une véritable épreuve pour la maman.

“Elles se sont littéralement lâchées” rapporte la mère de Solina, “en disant qu’elles pensaient que les musulmans allaient comprendre d’eux-mêmes que ce stage n’était pas pour eux s’ils jeûnaient”. La Principale a même tenu à évoquer la question des “prières collectives le soir du ramadan” et du “voile”, alors même que strictement rien n'avait été demandé. Comme dernière justification, la directrice a finalement expliqué qu’elle ne souhaitait pas voir l’ambiance générale altérée par la présence de jeunes jeûneurs.

Suite à l’entretien, Solina était dévastée, et ne souhaitait plus se rendre au lycée.  Un courrier de réclamation a été envoyé à la proviseure du lycée, au ministère de l’Éducation Nationale, au Défenseur des droits et au rectorat.

L'intervention du CCIF a permis de faire bouger les lignes. Le 13 mars 2017, un courrier est finalement envoyé à l’ensemble des familles des élèves de terminale S pour les informer que le stage sera organisé au sein de l’établissement, et ouvert à tous, sans aucune discrimination. Conformément à la loi.

* le prénom a été modifié.

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